Cartographie des aires du cortex cérébral vu de profil

L’héminégligence : le trouble de l’attention spatiale après un AVC

Mémoire & attention

La Rédaction de Matière Grise~8 min de lecture

Une personne termine son repas sans avoir touché la moitié gauche de l’assiette. Un homme se rase la joue droite et laisse l’autre intacte. Un patient percute les cadres de porte situés à sa gauche, comme s’ils n’existaient pas. Ces situations déroutantes portent un nom : l’héminégligence, ou négligence spatiale unilatérale. Ce trouble fréquent après un accident vasculaire cérébral n’est pas un problème de vue, mais d’attention. Cet article est informatif et sans visée diagnostique.

Qu’est-ce que la négligence spatiale unilatérale ?

L’héminégligence est l’incapacité à prêter attention à un côté de l’espace — le plus souvent le côté gauche — alors que les organes des sens fonctionnent. La personne ne « voit » pas ce qui se trouve à gauche non parce que ses yeux sont atteints, mais parce que son cerveau ne dirige plus son attention de ce côté. Le côté négligé peut concerner l’espace autour d’elle, son propre corps, voire l’image mentale d’une scène. C’est un trouble de l’attention spatiale, distinct d’une simple perte visuelle, même si les deux peuvent coexister.

Des signes parfois spectaculaires

Les manifestations frappent par leur netteté. À table, la personne laisse la moitié gauche de l’assiette. En lisant, elle commence au milieu de la ligne et « saute » le début à gauche. À qui lui demande de dessiner une horloge, elle peut tasser tous les chiffres du côté droit du cadran. Elle peut aussi négliger la moitié gauche de son propre corps : ne pas habiller un bras, ne pas coiffer un côté. Dans les interactions, elle répond volontiers aux personnes placées à sa droite et ignore celles de gauche, sans intention de le faire. Ces signes, souvent repérés par l’entourage, sont précieux pour orienter vers une évaluation.

✓ Ce que montre la recherche

L’héminégligence est un trouble de l’attention, pas de la vue. Le cerveau ne dirige plus l’attention vers un côté de l’espace, alors que l’œil, lui, fonctionne.

✕ Le raccourci trompeur

« Elle ne regarde pas à gauche, elle a un problème d’yeux » ou « elle fait exprès ». Non : ni cécité d’un côté, ni mauvaise volonté, mais une attention spatiale défaillante.

Pourquoi le côté gauche, pourquoi l’hémisphère droit

L’héminégligence résulte le plus souvent d’une lésion de l’hémisphère droit, en particulier de régions pariétales impliquées dans l’attention à l’espace. Or l’hémisphère droit oriente l’attention vers les deux côtés, tandis que le gauche s’occupe surtout du côté droit. Quand le droit est lésé, le côté gauche n’est plus « couvert » : d’où la négligence gauche, la plus fréquente. La cause typique est un AVC, comme pour d’autres troubles acquis tels que l’aphasie ou le trouble de l’organisation du geste ; un traumatisme ou une tumeur peuvent plus rarement être en jeu. Ce trouble illustre aussi une limite bien connue du cerveau : l’attention n’est pas illimitée et ne se partage pas à volonté, un principe que l’on retrouve dans le mythe du multitâche.

Héminégligence et non-conscience du trouble

Un aspect complique souvent le tableau : beaucoup de personnes négligentes n’ont pas conscience de leur trouble. Elles ne se plaignent pas de « rater » la gauche, car pour elles ce côté a cessé d’exister comme objet d’attention. Cette absence de conscience, appelée anosognosie, rend la rééducation plus délicate et augmente le risque d’accidents. Elle n’a rien d’un déni volontaire : c’est une conséquence directe de la lésion. En parler avec l’équipe soignante aide l’entourage à comprendre pourquoi rappeler « regarde à gauche » ne suffit pas toujours.

Évaluation et rééducation

Le repérage s’appuie sur des tests simples et validés : barrer des traits répartis sur une feuille, copier un dessin, dessiner une horloge, bissecter une ligne. Ces épreuves révèlent l’oubli systématique d’un côté. La prise en charge, menée en rééducation (ergothérapie, orthophonie, kinésithérapie, neuropsychologie), combine plusieurs approches : entraîner le balayage visuel vers le côté négligé, aménager l’environnement, et utiliser des techniques spécifiques encadrées par des professionnels. Une récupération est possible, portée par la plasticité cérébrale, souvent meilleure dans les premiers mois. Comme toujours, l’évolution varie beaucoup d’une personne à l’autre, d’où l’importance d’un suivi spécialisé et durable.

Questions fréquentes

L’héminégligence est-elle un problème de vue ?
Non. Les yeux fonctionnent ; c’est l’attention dirigée vers un côté de l’espace qui fait défaut. La personne ne traite pas l’information d’un côté, même si son champ visuel est intact.

Pourquoi est-ce presque toujours le côté gauche ?
Parce que l’héminégligence suit le plus souvent une lésion de l’hémisphère droit, qui oriente l’attention vers les deux côtés. Quand il est atteint, le côté gauche n’est plus couvert.

La personne fait-elle exprès d’ignorer un côté ?
Non. Il ne s’agit ni de mauvaise volonté ni de distraction, mais d’un trouble neurologique. Souvent, la personne n’a même pas conscience de négliger un côté.

Peut-on en guérir ?
Une récupération est possible grâce à la rééducation et à la plasticité cérébrale, surtout dans les premiers mois. Son ampleur varie selon la lésion et la personne ; un suivi spécialisé est essentiel.

Comment aider un proche concerné ?
Se placer et disposer les objets du côté préservé au début, encourager doucement le balayage vers le côté négligé, sécuriser l’environnement et s’appuyer sur l’équipe de rééducation. Répéter « regarde à gauche » ne suffit pas toujours.

À retenir

  • L’héminégligence fait ignorer un côté de l’espace (souvent le gauche) après une lésion cérébrale, le plus souvent un AVC.
  • C’est un trouble de l’attention, pas de la vue : les yeux fonctionnent.
  • Elle suit surtout une atteinte de l’hémisphère droit et s’accompagne fréquemment d’une non-conscience du trouble (anosognosie).
  • Le repérage se fait par des tests simples ; la rééducation permet une récupération variable, meilleure les premiers mois.

Avertissement — Contenu informatif de vulgarisation, sans valeur diagnostique. Devant des signes d’AVC, appelez le 15 sans attendre ; pour la rééducation, appuyez-vous sur une équipe spécialisée.

Article publié par La Rédaction de Matière Grise.