Répondre à un mail en écoutant une réunion, cuisiner en aidant aux devoirs, enchaîner messageries et dossiers : nous sommes convaincus de savoir « gérer plusieurs choses à la fois ». En réalité, sauf exceptions, le cerveau ne fait pas deux tâches attentionnelles en parallèle — il alterne très vite entre elles. Et ce va-et-vient a un coût bien réel. Cet article est informatif et sans visée diagnostique.
Le cerveau ne parallélise pas, il alterne
Ce que nous appelons « multitâche » est le plus souvent une commutation rapide (task switching) : l’attention bascule d’une tâche à l’autre, donnant l’illusion de la simultanéité. Pour deux activités qui demandent de la concentration (comprendre un texte et suivre une conversation), le cerveau ne peut pas traiter les deux pleinement en même temps. Il jongle — et jongler n’est pas dédoubler.
Le coût de la commutation
Chaque bascule a un prix, que les psychologues appellent le coût de commutation : un petit temps de « rechargement » pour se replonger dans la nouvelle tâche, et un risque d’erreurs accru. Résultat : croire gagner du temps en faisant tout à la fois conduit souvent à aller plus lentement et à faire plus de fautes que si l’on traitait les tâches l’une après l’autre. Le sentiment d’efficacité est réel ; l’efficacité, beaucoup moins.
Pour des tâches exigeant de l’attention, le cerveau alterne ; ce va-et-vient ralentit et augmente les erreurs.
« Je suis doué pour le multitâche, je gagne du temps. » Le sentiment d’efficacité masque en réalité une perte de temps et de fiabilité.
Les exceptions : quand ça marche
On peut réellement mener deux choses de front à une condition : que l’une soit automatisée et ne demande presque pas d’attention. Marcher en discutant, plier du linge en écoutant la radio : aucun problème, car marcher ou plier ne mobilise plus de ressources conscientes. Le multitâche « échoue » surtout quand deux tâches réclament la même ressource attentionnelle, en particulier le langage et la réflexion.
Multitâche et technologie
Notre époque pousse au fractionnement permanent : notifications, onglets, messageries. Chaque interruption relance un coût de commutation et fragmente l’attention — au détriment de la profondeur de travail et, souvent, de la mémoire de travail. Se croire « multitâche » à longueur de journée, c’est surtout s’habituer à travailler de façon morcelée.
Comment mieux faire
Quelques principes simples aident à retrouver de l’efficacité :
- Traiter les tâches exigeantes l’une après l’autre, par blocs de concentration.
- Couper les notifications pendant les moments de travail profond.
- Regrouper les tâches similaires (mails, appels) pour limiter les bascules.
- Réserver le « vrai » multitâche aux combinaisons où une tâche est automatique.
Ce mécanisme éclaire d’autres sujets d’attention que nous traitons, comme l’attention sélective.
Le mythe du « digital native » multitâche
On entend souvent que les jeunes générations, biberonnées aux écrans, seraient devenues capables de vrai multitâche. Les études ne le confirment pas : les « gros multitâcheurs » ne sont pas meilleurs pour jongler, et se montrent même parfois plus sensibles aux distractions. L’habitude de fractionner son attention n’entraîne pas une super-capacité : elle installe surtout un rapport plus dispersé à la concentration. Le cerveau, lui, n’a pas changé de règles.
Pourquoi le cerveau aime l’illusion de productivité
Si le multitâche séduit autant, c’est aussi parce qu’il est gratifiant sur le moment : chaque nouvelle notification, chaque bascule apporte une petite dose de nouveauté. On se sent occupé, actif, « efficace ». Mais ce sentiment agréable masque une réalité moins flatteuse : on avance plus lentement et on retient moins bien. Distinguer la sensation d’être productif de la productivité réelle est le premier pas pour retrouver de la concentration.
Questions fréquentes
Peut-on vraiment faire deux choses à la fois ?
Oui, si l’une est automatique (marcher, plier du linge). Non, si les deux demandent de la concentration : le cerveau alterne alors.
Certaines personnes sont-elles douées pour le multitâche ?
Le sentiment d’aisance existe, mais les mesures montrent une baisse de performance chez presque tout le monde.
Pourquoi ai-je l’impression d’être efficace ?
Parce que l’activité permanente donne une sensation de productivité, distincte de l’efficacité réelle.
Les notifications sont-elles un problème ?
Oui : chaque interruption relance un coût de commutation et fragmente l’attention.
Comment être plus efficace ?
En travaillant par blocs monotâches, en coupant les notifications et en regroupant les tâches similaires.
À retenir
- Le « multitâche » attentionnel est en réalité une alternance rapide entre tâches.
- Chaque bascule a un coût : on est plus lent et on fait plus d’erreurs.
- Le vrai parallèle n’est possible que si une tâche est automatisée.
- Mieux vaut travailler par blocs monotâches et limiter les interruptions.
Sources
American Psychological Association — coûts cognitifs du multitâche.
Inserm — ressources sur l’attention et la mémoire de travail.
Avertissement — Contenu informatif de vulgarisation, sans valeur diagnostique.
Article publié par La Rédaction de Matière Grise.
