On associe volontiers la perte d’audition à une simple gêne : « entendre moins bien ». Pourtant, la recherche récente lui accorde une place de premier plan parmi les facteurs sur lesquels on peut agir pour réduire le risque de démence. Un lien longtemps sous-estimé, aujourd’hui bien établi — et porteur d’espoir, car l’audition, elle, se corrige souvent. Cet article est informatif et sans visée diagnostique.
Un lien longtemps sous-estimé
Pendant longtemps, on a considéré la baisse d’audition comme un inconvénient banal du vieillissement, sans conséquence sur le cerveau. Les grandes synthèses épidémiologiques ont changé ce regard : la perte auditive non prise en charge apparaît désormais comme l’un des facteurs de risque modifiables les plus importants du déclin cognitif. Ce n’est pas une fatalité de l’âge à subir, mais un point sur lequel on peut agir.
Ce que dit la commission du Lancet
La référence en la matière est la commission du Lancet sur la prévention de la démence. Dans sa mise à jour de 2024, elle estime qu’environ 45 % des cas de démence pourraient théoriquement être évités ou retardés en agissant sur 14 facteurs de risque tout au long de la vie. Parmi eux, la perte auditive ressort comme le plus grand facteur de risque modifiable à partir de la quarantaine : à elle seule, sa correction pourrait réduire d’environ 7 % le nombre de cas de démence.
La perte auditive est un facteur de risque modifiable du déclin cognitif — l’un des plus importants à la mi-vie. Agir dessus fait partie de la prévention.
« La perte d’audition, ce n’est qu’entendre moins bien. » C’est aussi une charge pour le cerveau et un risque d’isolement, avec des effets cognitifs à ne pas négliger.
Pourquoi ce lien ?
Plusieurs mécanismes, non exclusifs, sont avancés. D’abord, mal entendre impose au cerveau un effort permanent pour reconstituer ce qui est dit, au détriment d’autres ressources cognitives (attention, mémoire). Ensuite, la perte auditive favorise le retrait des interactions sociales et l’isolement, eux-mêmes associés au déclin. Enfin, un cerveau moins stimulé par les sons et les échanges perd en engagement. La conversation, c’est aussi de l’entraînement cognitif quotidien — s’en priver a un coût.
« Facteur de risque » ne veut pas dire « cause unique »
Une nuance essentielle : dire que la perte auditive est un facteur de risque ne signifie pas qu’elle cause à elle seule la démence, ni que toute personne malentendante développera des troubles. La démence est multifactorielle. Mais parce que l’audition fait partie des éléments sur lesquels on peut agir concrètement, elle représente un levier de prévention particulièrement intéressant — bien plus accessible que d’autres.
L’audition parmi d’autres leviers
L’audition n’agit pas seule : elle s’inscrit dans une prévention globale. Les autres facteurs modifiables identifiés par la commission incluent notamment l’activité physique, le contrôle de la tension artérielle, du diabète et du cholestérol, l’arrêt du tabac, la limitation de l’alcool, le maintien du lien social, la lutte contre la dépression, l’éducation et la stimulation, ou encore la correction de la vision. Agir sur plusieurs de ces leviers a plus d’effet que de se focaliser sur un seul.
Agir sur l’audition
En pratique, cela invite à ne pas laisser traîner une baisse d’audition :
- Faire dépister son audition, surtout à partir de la cinquantaine ou en cas de gêne.
- Envisager un appareillage adapté quand il est indiqué, sans le repousser des années.
- Protéger son audition tout au long de la vie (bruit, volume du casque).
- Entretenir le lien social et la stimulation, qui vont de pair avec une meilleure santé cognitive.
Cela rejoint plus largement ce que l’on sait de la réserve cognitive et des moyens de préserver sa mémoire en vieillissant.
Questions fréquentes
La perte d’audition cause-t-elle la démence ?
Non, pas à elle seule : c’est un facteur de risque, parmi d’autres. La démence est multifactorielle.
Porter un appareil auditif protège-t-il le cerveau ?
Corriger l’audition fait partie des leviers de prévention identifiés. C’est un geste utile, en complément d’un mode de vie sain.
À quel âge faire vérifier son audition ?
Dès qu’il y a une gêne, et volontiers à partir de la cinquantaine, même sans plainte marquée.
Quels autres facteurs comptent ?
Activité physique, tension, diabète, tabac, alcool, lien social, dépression, vision… Agir sur plusieurs est plus efficace.
Est-il trop tard après 60 ans ?
Non : agir sur ces facteurs reste bénéfique à tout âge, y compris tardivement.
À retenir
- La perte auditive est le principal facteur de risque de démence modifiable à partir de la mi-vie (commission du Lancet, 2024).
- Sa correction pourrait réduire d’environ 7 % le nombre de cas de démence.
- Le lien passe par la charge cognitive, l’isolement social et la moindre stimulation.
- « Facteur de risque » n’est pas « cause unique » : l’audition est un levier de prévention concret, parmi d’autres.
Sources
The Lancet — Commission sur la prévention, l’intervention et les soins de la démence (2024).
Organisation mondiale de la Santé — surdité et perte auditive.
Avertissement — Contenu informatif de vulgarisation, sans valeur diagnostique. Pour toute question sur l’audition ou la santé cognitive, adressez-vous à un professionnel de santé.
Article publié par La Rédaction de Matière Grise.
